Comment choisir une Montre de Collection

La toile propose aujourd’hui une quantité considérable de littérature concernant les montres vintage, et ce qui fait leur valeur. Le but de ces articles est le plus souvent d’enrichir la connaissance des lecteurs (et incidemment de créer du traffic digital sur les sites marchands, ou sur ceux qui ont vocation à monétiser leur traffic). Toutefois, entre les contradictions de certains articles, et le manque de précision d’autres, le résultat est le plus souvent une grande confusion qui laisse les collectionneurs plus ou moins avertis désemparés. Que faut-il donc regarder sur une montre avant d’en faire l’acquisition ? Mes réponses sur le sujet s’appuient sur le bon sens, et sur plus de vingt années d’expérience.

Tout collectionneur qui se respecte souhaite avant tout que sa montre soit habillée de pièces d’origine. Qu’est-ce que cela implique ? Prenons comme exemple une Rolex GMT-Master de 1966. Qu’attend-on de cette montre pour la valoriser à une hauteur convenable ?

1. Que le numéro de série corresponde à l’année de production (pour cette GMT Master de 1966, entre 1.2Mo et 1.5Mo environ).

2. Que le fond de boîte soit bien gravé 1675, avec la date de production en dessous, 65 ou 66.

3. Qu’elle soit équipée d’un cadran laqué dernière production T

4. Que les aiguilles soient d’origine, avec une aiguille GMT petite flèche.

5. Que l’insert soit d’origine (fat font, séparation rouge/bleu et dos de l’insert rouge).

6. Que son bracelet soit riveté avec pour référence le n°7206 (de préférence non restauré par un « professionnel »).

Bien sûr ces points semblent évident pour un initié de ce type de détails. Toutefois quelques précisions semblent importante, reprenons donc plus en détail chacun des points ci-dessus.

Boîte et numéro de série

Ce numéro de série a pour objectif, pour la manufacture, de répertorier les modèles vendus, donc leur année de production. Le but ici est la gestion des stocks et la comptabilité, à la différence de manufactures comme Patek Philippe ou Bréguet par exemple qui utilisent ce point de départ pour tenir des registres très précis sur la vie de chaque montre (lorsqu’une pièce est changée, c’est indiqué dans le registre). Dans le cas d’une montre Rolex vintage, ce numéro ne nous donne « que » l’année de fabrication de la boîte. On ne peut pas réellement dire si les autres pièces de la montre étaient sur cette montre lors de sa vente par exemple, et ceci est très important à prendre en considération…

Concernant la boîte et son état, il est important de regarder le niveau de polissage. L’évaluation du niveau de polissage a toujours été un sujet. Comment évaluer le polissage lorsqu’on ne connaît pas son épaisseur originale ? Il existe certains détails visibles par tout le monde qui pourront toutefois vous permettre de vous faire rapidement une idée sur l’état du boîtier, illustrés ci-dessous.

L'image ci-dessus est une comparaison entre deux cornes sur montre non touchée. On peut observer à droite une distance très réduite entre l’axe de barrette de bracelet et le bord de la corne, signe de polissage important. Sur la photo de gauche, l’espace est correct.

Même exemple ci-dessus sur deux Rolex Daytona vintage. La corne de gauche a été ravivée (polissage très fin). Un tel ravivage est possible lorsque la corne de boîte est en excellent état et non ou très peu polie.

Le fond de boîte

Jusqu’au début des années 70, la date était très souvent gravée sur le fond de boîte, par exemple IV. 65 pour quatrième trimestre de l’année 1965. Dans le l’exemple pris ci-dessus, une 1975 de 1966, si le fond de boîte n’a pas de date, c’est très probablement un fond de boîte de service remplacé postérieurement. Un facteur très important à noter ici est que le fond de boîte est ce que l’on appelle une pièce d’usure. La surface en contact avec le joint est plane. Sur la boite elle-même le joint est inséré dans un sillon. Ce joint, s’il n’est pas changé régulièrement ou que la montre n’est pas entretenue a tendance à pourrir sur la fond de boîte et oxyder cette dernière. Lorsque le fond de boîte est oxydé, la montre n’est plus étanche. La manufacture change ce fond de boîte automatiquement pour que la montre soit de nouveau étanche lors de chaque service.

Le cadran

Plusieurs questions vont se poser sur cette pièce qui habituellement détermine en grande partie le prix de la montre. Disons-le, c’est habituellement la pièce la plus importante d’une montre de collection. Restons sur notre 1675 de 1966. Le cadran ne doit pas avoir été repeint, c’est une évidence. Les indexes non plus. Mais comment reconnaître des indexes repeints ? Pas évident du tout. Certains sites affirment que s’ils sont T>25 (non radium) ils ne doivent pas s’éclairer dans le noir… Ceci n’est pas toujours vrai car cela dépend de la quantité de sulfite de zinc utilisé lors de la fabrication. Si le sulfite de zinc est en quantité importante, ce qui est le cas pour de nombreux cadrans produits entre 1965 et 1967 environ, les indexes continueront à briller après avoir pris les UV (lampe UV ou soleil), mais la lumière s’atténuera rapidement, le tritium étant mort et donc n’excitant plus le sulfite de zinc afin que ce dernier reste éclairé plus longtemps.

Vient ensuite la question de la peinture, dans le cas présent (1675 de 1966), de la laque. La laque noire est-elle parfaite et exempte de rayures ? Est-elle bien noire ou y-a-t-il des traces d’oxydation ou des traces d’outils suite à une révision maladroite ? Autant de points à regarder méticuleusement.

Il y a aussi le cas des cadrans dits « tropicaux ». Un cadran tropical c’est souvent très beau et cela ajoute de la valeur à la montre. Mais encore faut-il savoir le choisir, c’est-à-dire déterminer son état… d’oxydation. Car c’est l’oxydation qui lui donne sa couleur. Ici encore, certaines oxydations (dégradations) vont se prolonger dans le temps rapidement, d’autres de manière moins rapides et moins destructrices. Et il est vital de déterminer ces facteurs avant d’acheter une montre avec un cadran tropical. Enfin, le cadran correspond-il à la date de production de la montre ? Dans le cas d’une 1675 de 1966, nous devrions avoir un cadran laqué de dernière génération ou une cadran mat de première génération.

Cadran Rolex Sea-Dweller MK2 "Tropical"

Il est intéressant de noter l’oxydation légère normalement accentuée sur les parties qui présentent un vide sous le cadran (Date et centre). Ce type d’oxydation a l’avantage d’être extrêmement lent et ne présente qu’un risque infime de dégradation.

Les aiguilles

Côté aiguilles, les collectionneurs recherchent souvent les aiguilles qui « matchent » avec les indexes. C’est la question (vœu) qui revient le plus. Très difficile d’avoir la même couleur/matériau, rare voire même très peu plausible sur une montre de collection des années 50, 60, 70 ou 80. Je m’explique. A la base, les aiguilles et les indexes du cadran sont blancs. Le mélange peinture/sulfite de zinc/tritium est différent pour une question de tenue sur le support (aiguilles creuses donc peinture en suspens, indexes quant à eux posés par capillarité sur un rond blanc). Le changement de couleur tire sa source de différents facteurs (humidité, manque de lumière, pourrissement de la peinture, exposition aux rayons UVB…).

Dans le cas d’une patine due au temps, le produit ne peut pas réagir de façon identique s’il est posé sur un support différent. Les fameuses « pumpkin » (citrouilles) donnent cette couleur très orangée des aiguilles et des indexes. Mais lorsque vous prenez la loupe, vous pouvez voir que la couleur est légèrement différente (voire vraiment différente) et surtout que le matériau n’a pas la même texture. Un autre détail important concernant les montres vintage, les aiguilles étaient très souvent fabriquées chez un sous-traitant différent de celui mandaté pour la fabrication des cadrans. Ne cherchez donc pas forcément des aiguilles complètement identiques et ne paniquez pas si la couleur entre ces aiguilles et les indexes est un peu différente. Après ce n’est qu’une question de goût. Mais je me méfierais davantage d’une montre donc les aiguilles sont complètement identiques aux indexes.

Les inserts

Les inserts sont différents suivant les années de production, pièce d’usure oblige, ils étaient très souvent changés. Les clients de l’époque trouvaient souvent déplorable que la peinture bleue et rouge ne tienne pas et ait tendance à s’estomper avec le temps (véridique). Donc Rolex, maison sérieuse et professionnelle, les changeaient tout simplement lorsque la montre passait en service. Cela donne une certaine idée du nombre d’inserts d’époque disponibles aujourd’hui. Côté patine, les « fuchsia » et « turquoise » des GMT anciennes ont la cote. Dossier compliqué ma foi. Certains avancent sur la toile que pour identifier un insert volontairement « faded » il suffit de regarder derrière si la couleur est elle aussi passée. Si elle est passée, c’est qu’il a été trafiqué. C’est aussi faux que de dire que si la couleur de l’insert est passée, c’est qu’il a été très exposé aux UVA. Ce sont les UVB qui ont un effet sur le spectre de couleur, pas les UVA, donc par exemple le reflet du soleil sur la lune mais ne rentrons pas ici dans un cours de physique/chimie. Un insert peut réagir aux UVB, aux frottements, aux agents salins (eaux, embrun, humidité), aux acides… un potentiel de réactions et de différentes couleurs disons-le, sans fin. Sans compter sur la qualité de l’encre utilisée lors de la fabrication, suivant le sous-traitant et les années de production.

Ci-dessous, nous avons l'exemple d’une lunette dont la couleur rouge est passée de façon assez radicale. Notez que le dos de la montre est lui aussi très passé. Si l’insert avait été artificiellement trempé dans un produit ayant pour effet d’atténuer les couleurs, le bleu en aurait lui aussi subit les conséquences. Ceci est donné à titre d’exemple afin d’avoir une idée de la difficulté que représente l’évaluation d’une patine d’insert

Le bracelet

Le bracelet est une pièce d’usure. Personnellement je préfèrerai un bracelet produit a postériori et solide qu’un bracelet « matching » fragile et en bout de course. Mais c’est un choix personnel. Si le bracelet correspond à la date de production de la montre et est en très bon état (indispensable pour un riveté par exemple car fragile), c’est tout bonus. Mais un 7206 en excellent état aujourd’hui coute dans les 6000 euros.

J’ai volontairement posé tous ces détails dans cet article, sans plus de détails « savants » et autres « règles d’or » de comment cela doit être, afin de vous donner une idée de la complexité de ce sujet. Je dirais plutôt que c’est la façon la plus simple de vous l’exposer. Nous ne sommes tout simplement pas dans un domaine où, il y a quarante ans, Rolex s’inquiétait de savoir si des indexes allaient devenir oranges, jaunes ou marrons et lesquels plairaient le plus aux collectionneurs. Et ceci est valable pour chaque pièce de la montre.

Alors une montre de collection aujourd’hui, c’est quoi ?

Répondons enfin à la question de cet article. L’état de la montre est définitivement prioritaire, couplé avec des pièces authentiques, dans la mesure du possible. Evidemment, une montre en état parfait avec toutes ses pièces d’origine et n’ayant jamais été portée représente le graal. Cela existe, mais le propriétaire en est habituellement bien conscient et il n’hésitera pas à proposer un prix stratosphérique pour sa montre, et cela sera légitime… Un bracelet ou un fond de boîte, en étant patient, ça se trouve… Une montre complète avec des pièces en mauvais état, il y en a beaucoup sur les sites spécialisés, et les prix ont trop souvent tendance à être plus proches des montres parfaites que des montres en fin de vie, bizarrement. Et lorsque je dis « fin de vie », je pèse mes mots.

Une montre non entretenue ou qui n’est pas dans un excellent état de conservation se détériore avec le temps… J’ai vu des montres ces vingt dernières années que j’ai refusé d’acheter car elles n’étaient pas en assez bon état. Beaucoup de ces montres m’ont été de nouveau présentées ces deux ou trois dernières années, elles s’étaient dégradées et étaient arrivées en fin de vie - ce que vous pouvez traduire par « sans beaucoup de futur ». Et ce que l’on demande à une montre de collection, c’est justement un futur…au poignet de son propriétaire et dans les maisons de ventes aux enchères.

Comme à l’habitude, je reste à votre disposition pour venir commenter plus en détails cet article. N'hésitez pas à nous contacter ou nous envoyer un email à contact@41watch.com

Par Fabrice Guéroux

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